La fête de Mouloud avec ma grand mère

 

La fête de Mouloud avec ma grand mère

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Aujourd’hui, si nos traditions Berbères et notre langue sont sauvegardées, c’est grâce à la femme berbère que je remercie car elle est la gardienne de nos traditions et de nos valeurs. C’est avec fierté et honneur que nos femmes ont su perpétuer l’héritage de cette culture qui qui constitue notre identité Amazigh très chère à nos cœurs.

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Un dicton Kabyle résume tout ce que je viens de dire sur la femme berbère : “Thammettuth iherrzen thif thayougga ikkerrzen” “Une femme qui économise est préférable à une paire de bœufs qui labourent.”

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Le terme d’économiser dans ce dicton n’évoque pas seulement l’aspect financier mais plus un symbole et une source de principes de conservation de notre culture.

 

La femme dans la société Kabyle occupe une place des plus importantes; elle est le pilier solide des familles. Nous la trouvons travailler sans relâche dans les champs et, à l’aube, à la fontaine. On la trouve également à sa place dans la cuisine où elle excelle et œuvre avec amour et passion, car dans sa cuisine, la femme berbère transmet tout son amour à ses proches, à travers toutes les émotions que la préparation de ses petits plats impliquent. Pour elle la cuisine c’est un geste d’affection, d’amour envers sa famille et proches.

 

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Mais lorsque la femme porte le titre de grand-mère, elle devient une source de savoir et de sagesse, et c’est elle qui s’assure et veille au respect des traditions et leur transmission. Nous l’appelons chez nous Tamgharth el Baraka. Ce qui signifie que sa présence même est garante de bénédiction pour les personnes qui l’entourent.

Akham mbla thamgharth am iguer. Maison sans vieille femme est comme un champ sans figuier mâle.

À ce sujet je voudrais ouvrir une parenthèse pour honorer un être chère à mon coeur. Une personne qui m’a marqué et m’a inculqué cet amour que j’ai pour ma culture. Celle qui ne cessait de me répéter de ne jamais oublier d’où je viens et qui je suis.

Celle qui m’a appris à être fière de mon identité. Pour toi ma grand-mère, ou comme nous l’appelons Ssatssi Tassadit, en Kabyle son prénom signifie un porte bonheur à celui qui le porte. Une femme courageuse, belle et rebelle, une femme qui n’a pas peur de s’affirmer et de dire avec toute franchise ce qu’elle pense.

Une femme autoritaire mais tellement affectueuse et joyeuse qui sait se parer de ses sourires qui cachent beaucoup de mystères. Comme chaque femme Algérienne lors de la révolution, elle a donnée tout ce qu’elle possédait pour voir l’Algérie libre.

Pour cette quête, elle était prête à tous les sacrifices. Elle était d’un soutien indiscutable aux hommes, partis libérer notre cher pays. Petit, ma mère ne cessait de me relater l’histoire de na grand mère.

Elle me racontait que, dès son jeune âge, Elle s’est retrouvée, déjà mère, chargée de son foyer et de sa petite famille dont ses deux petits-frères qu’elle s pris sous son aile à la mort de ses parents, mes arrières grands parents, donc. Les temps étaient durs.

Pour survivre, ma grand mère a décidé de contribuer amplement dans la prise en charge du foyer. Elle préparait des beignets Kabyles (Thihboulins, Lakhfaf ) .

Ma grand-mère Tassadit préparait les beignets que mon grand-père ramenait dans de grands couffins au marché de Michelet pour les vendre.

Ma grand mère, en dépit de toutes les difficultés que traversait sa famille, a su rester généreuse. En plus du voisinage, une partie de ses préparations était acheminée au maquis pour les Moudjahidines.

Tant de sacrifices qui ont eu de sérieuses répercussions sur la santé de na grand mère. Elle a toujours su rester une grande dame aux yeux de ses proches et spécialement, à nos yeux, nous ses petits enfants, fiers d’avoir autant de repères et une grand mère avec une histoire aussi riche en enseignement et sagesse.

Elle faisait de son mieux pour perpétuer tout ce qui fait le fondement de notre identité amazighs. El Mouloud, jour de naissance du prophète est une des occasions que saisit souvent ma grand mère pour nous apprendre comment nos ancêtres fêtaient ce jour symbole de leur engagements spirituels.

Je me souviens étant petit chez ma tante nous étions de nombreux, entre cousins, à être rassemblés pour célébrer la date de la naissance du prophète. Très tôt avant la prière d’Al Fajr, nous étions réveillés par ma grand-mère qui faisait le tour des chambres pour n’oublier personne, et elle avait dans sa main une sorte de bougie, faite à base de tissu trempé dans l’huile, et elle nous chantais :

Afarhi Afarhi

Assagui Iluled anvi

Farhet Lamluk alqa3

Arnat thi-Iganni .

Quelle joie, quelle joie,

Aujourd’hui est né le prophète,

Les anges de la terre sont joyeux et aussi les anges du ciel.

Lorsqu’elle terminait de chanter, elle lançait des Youyou qui amollissait toute la maison d’amour, d’affection et de joie qui s’étalait sur tout le quartier. Nous nous réveillions tous à l’appel de notre grand-mère pour manger un plat spécial que nous appelons « Thahrith N’anvi » qui signifie la soupe du prophète, que je vais partager avec vous, mais avant de vous donner la recette je voulais juste dire que je suis vraiment fière d’avoir cette culture riche, diverse et tolérante. Et que dieu garde nos mamans, Allah Yarham pour ceux qui nous ont quittées.

JE T’AIME STSSI.

 

Recette de Thahrirth N’anvi (soupe de semoule) :

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C’est une soupe qui est préparée à l’occasion de la naissance du prophète, en effectuant des recherches, des hadits qui mentionnent qu’effectivement cette soupe était une de soupes favorites de notre prophète.

 

Je l’ai reproduis en suivant la recette que ma mère m’a donnée, et aussi j’ai osé la revisitée légèrement.

 

Ingrédients :

 

1L d’Eau froide

300g de Semoule moyenne

Sel

 

Préparations :

 

Dans une casserole à fond épais, verser l’eau et la semoule puis bien remuer pour amalgamer les ingrédients, et saler.

 

Mettre la casserole sur un feu doux sans cesser de remuer jusqu’à ce que votre soupe épaississe, puis retirer du feu à la première ébullition.

 

Servir chaud avec un filet d’huile d’olive.

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Ce que j’ai ajouté comme accompagnement de cette soupe, ce sont des petites boulettes de viande hachée sautées avec de l’ail, des épinards, et assaisonner d’épices (de votre choix).

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Voilà j’espère que vous avez apprécié mon petit résumé de cette tradition et je vous souhaite à tous un bon Mouloud.

 

 

 

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Categories: Plats Bladi

2 Comments

  • Samira says:

    Quel beau récit ! Merci Djamel , en un laps de temps tu m’as permis de partir en Kabylie , de connaître Stissi Tassaadith et de fêter el Mawlid Annabaoui .
    La hrira de semoule je la prépare encore mes enfants l’adorent , quand ils étaient bébés ils en raffolaient !

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